
Pour son édition d'avril, le tout nouveau magazine Books se penche sur les travers de l'industrie pharmaceutique. Dans un dossier très complet regroupant plusieurs articles et entretiens, il dévoile les conflits d'intérêts survenants à toutes les étapes du cycle de vie du médicament. Et personne n'est épargné ; médecins, universités et même autorités sanitaires. Le constat est clair : "Les médicaments mis sur le marché sont, d'une façon ou d'une autre, de la fausse monnaie. Le médecin qui prescrit ne sait pas forcément ce qu'il fait. La raison? Les décideurs du système de santé se laissent en grand nombre corrompre par les groupes pharmaceutiques". Pour Marcia Angell, médecin et ancienne membre de la rédaction en chef du New England journal of Medecine, "Il n'est plus possible de croire les recherches publiées, ni de se fier au jugement de son médecin de famille" Lire la suite
Ce dossier détaille comment de nombreux médecins influant reçoivent des financements ou possèdent des parts dans des firmes pharmaceutiques commercialisant des médicaments pour lesquels ils sont en charge de conduire des études, et comment l'industrie cible particulièrement ces médecins, prescripteurs dans leur domaine, car ils influencent le jugement des médecins dits "de famille", qui eux prescrivent les médicaments à leur patients en se fiant aux études publiées. Les universités, censées constituer le premier rempart contre ces conflits d'intérêts, sont elles même impliquées via le financement de chaires ou pour leur départements de recherche, et se montrent donc facilement conciliantes. Quant aux autorités sanitaires, les experts auxquels elles font appel sont eux aussi liés à l'industrie et les études sur lesquelles elles se basent sont toutes potentiellement truquées en amont puisque ce sont les études issues des laboratoires universitaires. En outre, plus de a moitié du budget de la FDA, référence mondiale en matière de sécurité sanitaire, viendrait de l'industrie. Enfin et pour ceux qui se croiraient à l'abri en Europe, selon Philippe Even, ancien doyen de la faculté de médecine de l'hôpital Necker et professeur émérite de l'institut Paris V, cette situation est aussi bien vraie aux Etats Unis qu'en France.
Facteur aggravant, au delà de la corruption et contre les idées reçues et diffusées par l'industrie, les firmes pharmaceutiques ne contribueraient que très peu à l'innovation. La plupart des nouveaux médicaments étant des copies quasi conformes des anciens (surnommés d'ailleurs ironiquement "me too"), et dont la supériorité sur les anciens traitements serait établie via des études comparatives truquées. Ce manège permettant accessoirement de garder la maîtrise des brevets, un nouveau brevet étant octroyée même pour une modification minime du médicament. Les plus grandes avancées seraient en fait réalisées par les laboratoires publics puis rachetées par les firmes.
Books aborde aussi le thème du marketing pharmaceutique, ou comment les laboratoires pharmaceutiques inventent aujourd'hui les maladies de demain via l'exploitation de troubles mineurs et/ou pouvant se solutionner par d'autres moyens qu'un traitement. Ce serait le cas de troubles comme la timidité (savamment renommée "anxiété sociale"), le dysfonctionnement érectile, l'hyperactivité. Nous avons nous même abordé le sujet dans ce blog avec la pilule contre l'obésité ou le médicament contre les mauvais souvenirs.
Et pour aller plus loin, Books dresse une bibliographie des livres parus sur ces sujets.
Source : Books N°4 (avril 2009) et le site www.Booksmag.fr
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