Dans ses vœux présentés le 14 janvier[1], le président du Leem souligne à maintes reprises la situation de crise structurelle - plutôt que conjoncturelle – que traverse l’industrie pharmaceutique dans le monde. Il rappelle que le business modèle des blockbusters disparaît peu à peu, au profit des produits issus des biotechnologies, des génériques et des produits d’automédication (Cf. nos posts précédents), qu’innover coûte de plus en plus cher, que la réglementation est de plus en plus dure, pendant qu’accéder au marché –qui prend la forme de niches étroites induisant des coûts de développement plus élevés- serait de plus en plus difficile…
Cela fait des années que ce tournant structurel est identifié par les acteurs du secteur et Christian Lajoux rappelle qu’il l’a d’ailleurs anticipé à l’occasion d’études (puis par la « mise en place d’outils et d’actions de formation »…) ; pourquoi parler de crise, alors, si ce n’est pour tenter de nous attendrir sur la situation dramatique (sic) que connaîtrait ce secteur, un des rares, pourtant, à ne pas souffrir de la crise actuelle [2]? Ou alors, la soi-disant anticipation qu’en ont faite les « entreprises du médicament » françaises serait-elle insuffisante ?
« La situation préoccupante » du secteur serait due essentiellement aux « montée des génériques, sévérité accrue de l’accès au marché, médecine de plus en plus individualisée… » et non pas à la crise… mais cela sera développé dans un prochain post…
Est tout de même pointée du doigt, en passant, l’absence de politique volontariste de l’Etat pour rendre le territoire attractif et maintenir l’emploi ; le Président du Leem en appelle alors, comme il le fait –très- régulièrement, à la prise en compte de l’industrie pharmaceutique comme secteur stratégique : « l’investissement dans les industries de la connaissance, dont les sciences du vivant, sera fortement créateur de valeur pour le demi-siècle à venir » mais aussi comme élément clé de « l’indépendance de l’Europe ». Il souligne à quel point la France, « premier producteur européen de produits d’origine chimique » se trouve donc en voie de fragilisation si elle ne prend pas rapidement le virage des biotechnologies. Et d’appeler de ses vœux à un véritable plan « bioproduction »[3], condition sine qua non du maintien de la France dans la course.
Ces vœux sont bien sûr aussi l’occasion pour le Président des Entreprises du Médicament, de repositionner ceux qu’il représente ou encore le Leem Recherche, au niveau des grandes réformes en cours, comme celles des hôpitaux et de l’université. Peser de tout son poids dans les grandes décisions stratégiques n’est-il pas le propre d’un lobby ? Et en l’occurrence, le message, c’est : si vous n’associez pas l’industrie du médicament et ne l’aidez pas, pas de sortie de crise !
Sources :
[1] http://www.leem-media.com/leem/Communiques/Dossiers-de-presse/Economie-du-secteur/Voeux-de-Christian-Lajoux-President-des-Entreprises-du-Medicament
[2] http://www.mypharma-editions.com/industrie-pharma-l%E2%80%99unsa-demande-un-moratoire-sur-les-plans-sociaux
[3] "L’emploi dans l’industrie pharmaceutique en France. Facteurs d’évolution et impact à 10 ans" - Synthèse de l’étude Arthur D.Little - Avril 2008.
http://www.leem-media.com/leem/content/download/3227/18735/file/Synthèse%20Arthur%20D%20Little.doc